Les collections de moulages des académies et des écoles de beaux-arts de France font l’objet d’un engouement certain. Un héritage parfois problématique, car la redécouverte de ces collections s’accompagne de difficultés liées à leur conservation et mise en valeur.
L’École nationale supérieure d’art et de design de Nancy constitue à ce propos un bon exemple : celle-ci est actuellement en possession d’une collection de moulages en plâtre, constituée de 151 reproductions de sculptures, bas-reliefs et éléments architecturaux et décoratifs, qui vont de l’antiquité à l’époque moderne. Il ne s’agit que d’une partie d’une importante collection, qui devait compter au moins 632 moulages. Le problème de leur conservation et de leur avenir devenait d’autant plus pressant, puisque l’école préparait son déménagement en 2015 sur le campus ARTEM (ARt, TEchnologie, Management).
Quelle est la place des moulages dans une école d’art aujourd’hui ? Comment permettre une meilleure conservation et mise en valeur de cette collection presque méconnue ? Et enfin, comment affronter les contraintes liées à leur déplacement et leur installation dans un espace qui n’est pas un musée ou un lieu dédié ?

Les premières traces de la collection de l’Ecole nationale supérieure d’art et de design de Nancy remontent en septembre 1871, elle comptait déjà 185 moulages.
Par la suite, l’inventaire des plâtres de l’école continue de s’agrandir. L’école en achète et en reçoit, parfois à titre gratuit. Ils proviennent de l’atelier du Louvre, de différentes écoles d’art ou de mouleurs privés. En 1910, suite à la construction du bâtiment sur le site Boffrand, le directeur décide de décorer la nouvelle entrée du nouveau bâtiment avec une série de frises du Parthénon.
Les guerres et les déménagements successifs de l’Ecole ainsi que les événements de mai 1968, ont causé la perte ou la disparition d’un grand nombre de moulages : aujourd’hui la collection ne compte plus que 151 plâtres.
Une partie des moulages est exposée à l’entrée du bâtiment, posés sur des supports muraux, dans la gypsothèque.
Cet espace s’inscrit ainsi comme un double rappel à l’histoire de l’école et à l’histoire de l’art. Cette école du 21e siècle fondée par les ducs de Lorraine au début du 18e siècle garde les traces de son passé, malgré ses déménagements. La gypsothèque est également source de réflexions et de créations pour les étudiants, ainsi qu’un support scientifique pour les enseignants et les chercheurs. La puissance évocatrice des moulages est, encore aujourd’hui, le moyen efficace une heureuse diffusion auprès de populations n’ayant pas accès aux originaux, et constitue dans le même temps, le précieux témoignage d’une histoire universelle ayant marqué l’enseignement de l’art pendant plus de deux siècles.
